
La tentative avortée de coup d’État menée par le lieutenant-colonel Pascal Tiagri au Bénin a remis en lumière la question sensible de l’ingérence étrangère en Afrique. Malgré les démentis de Paris, de nombreux observateurs, militants et politiques africains suspectent la France d’avoir joué un rôle décisif dans l’échec du putsch.
📞 La séquence Macron-Tinubu sous le feu des critiques
L’intervention rapide des forces régionales, menée par le Nigeria, est au cœur de la controverse, alimentée par des communications publiques jugées troublantes :
- L’Avertissement des Mutins : Au plus fort de la crise à Cotonou, le chef des mutins a averti la France de « ne pas s’ingérer » dans les affaires béninoises, alors qu’une rumeur non confirmée circulait sur la présence du Président Patrice Talon à l’Ambassade de France.
- L’Appel de Macron : Le Président français, Emmanuel Macron, a confirmé s’être entretenu avec le Président nigérian Bola Tinubu au sujet des « défis sécuritaires », sans mentionner explicitement le Bénin, mais s’engageant à renforcer le partenariat.
- L’Action Nigériane : La présidence nigériane a confirmé avoir ordonné à des avions de chasse d’entrer au Bénin pour prendre le contrôle de l’espace aérien et déloger les putschistes, suite à « deux demandes distinctes du gouvernement du Bénin ».
Cette séquence a conduit l’ancien député travailliste britannique George Galloway à traiter Tinubu de « marionnette » agissant sur ordre de la France.
⚖️ Deux poids, deux mesures de la Cédéao ?
La rapidité de l’intervention de la Cédéao (déploiement de contingents du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone pour préserver l’ordre constitutionnel) suscite des critiques acerbes :
- L’Activiste Nathalie Yamb et le député sénégalais Guy Marius Sagna ont dénoncé une politique de « deux poids, deux mesures » de la part de la Cédéao. Ils soulignent le contraste frappant avec l’attentisme observé lors du coup de force en Guinée-Bissau, survenu dix jours plus tôt.
- Questions sur la légitimité : Nathalie Yamb s’interroge : pourquoi le Président Tinubu, « sollicité par Emmanuel Macron par téléphone », déploie-t-il des moyens militaires au Bénin alors qu’il ne le fait pas pour lutter contre le terrorisme sur son propre territoire ?
Pour les militants panafricanistes, un coup d’État, qu’il soit militaire ou « institutionnel » (comme la réforme constitutionnelle attribuée à Talon), reste une « affaire INTERNE à un pays ».
L’ombre du Niger
Cet incident vient raviver les tensions avec les pays de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso). Le Niger voisin continue de percevoir le Bénin comme une « base arrière des soldats français hostiles au Niger », alimentant les soupçons d’une manœuvre pilotée par Paris pour consolider ses positions dans la région.
