
La tentative de coup d’État avortée de dimanche dernier au Bénin, menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, connaît un rebondissement majeur. Le gouvernement béninois intensifie sa riposte en ciblant les voix de l’opposition et les figures panafricanistes.
Vendredi, le Bénin a émis un mandat d’arrêt international contre l’influenceur et militant Kemi Seba, l’accusant d’avoir soutenu activement le putsch.
« Apologie de crimes contre la sûreté de l’État »
Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, est poursuivi pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ».
Au moment où les mutins s’exprimaient à la télévision dimanche, Kemi Seba, de nationalité franco-béninoise déchue de sa nationalité française en 2024, avait salué dans une vidéo le « jour de la libération » de son pays, affirmant à tort que le Président Patrice Talon avait été arrêté.
Connu pour ses diatribes radicales contre la France et les régimes africains alliés de Paris, cet influenceur de 44 ans, à la tête de l’ONG « Urgences panafricanistes », soutient ouvertement les régimes militaires du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso), le Niger lui ayant d’ailleurs octroyé un passeport diplomatique.
L’Opposition sous Pression
Cette mesure contre Seba, émise par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), s’accompagne d’un durcissement de la répression politique interne :
- Arrestation d’un ex-ministre : Candide Azannaï, ancienne figure politique de l’opposition et ex-ministre de la Défense, a été interpellé à Cotonou vendredi. Bien qu’il ait condamné la tentative de putsch, il avait dénoncé les « manœuvres sordides d’instrumentalisation des événements […] à des fins de confiscation du pouvoir ».
- Autre mandat : Un autre opposant béninois, Sabi Sira Korogoné, a également indiqué être visé par un mandat d’arrêt.
Les « Liens » avec Wagner en toile de fond
Le mandat d’arrêt contre Kemi Seba intervient alors que l’influenceur est déjà sous le coup d’une enquête en France pour des soupçons « d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère », notamment après son placement en garde à vue en octobre 2024.
L’enquête française porte notamment sur des documents piratés (Wagner Leaks) suggérant que l’oligarque russe Evguéni Prigojine aurait financé et guidé certaines de ses actions en Afrique entre 2018 et 2019.
Le Bénin face à son avenir démocratique
Si Patrice Talon est loué pour le développement économique du Bénin, ses détracteurs l’accusent d’avoir opéré un virage autoritaire dans un pays autrefois modèle de démocratie.
Alors que le Président Talon arrive au terme de ses deux mandats constitutionnels et qu’il passera la main en avril prochain, l’exclusion du principal parti d’opposition du scrutin ouvre une voie royale à son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni. L’escalade actuelle des tensions et des arrestations jette une ombre sur la transition démocratique à venir.
Le mandat d’arrêt contre Kemi Seba est-il une réponse légitime à une incitation à la violence ou une manœuvre politique pour museler la critique panafricaniste ? Exprimez-vous en commentaire !
