BAMAKO – En ce mercredi 14 janvier 2026, les stations-service de la capitale présentent deux visages. Si la crise de l’essence semble n’être plus qu’un mauvais souvenir, celle du gasoil s’enracine, paralysant les transporteurs et les industriels maliens. Enquête sur un sevrage qui ne dit pas son nom.

Une priorité nationale : Éclairer et produire

Si les pompes destinées au grand public restent désespérément sèches, c’est en partie dû à un choix stratégique des autorités. Les stocks limités de gasoil entrant sur le territoire sont immédiatement fléchés vers deux secteurs jugés vitaux pour la stabilité du pays :

  1. EDM-SA (Énergie du Mali) : Maintenir les centrales thermiques à flot pour éviter les délestages massifs.
  2. L’Industrie : Garantir la continuité de la production nationale, extrêmement gourmande en énergie diesel.

Cette « économie de guerre » énergétique laisse peu de place aux propriétaires de véhicules diesel et aux petits transporteurs, pour qui chaque plein devient une victoire.

Le basculement géopolitique et logistique

Le Mali opère actuellement une mutation profonde de ses routes d’approvisionnement. Le traditionnel corridor Dakar-Bamako est délaissé au profit de l’axe Abidjan-Bamako. Plusieurs facteurs expliquent ce virage :

  • Sécurité : Les tronçons sénégalais traversent des zones dites « rouges », rendant les escortes militaires complexes face à la menace jihadiste.
  • Infrastructures : La dégradation avancée des routes côté sénégalais ralentit considérablement les convois.
  • Efficacité : Le corridor ivoirien, bien que plus récent pour ce volume de fret, a déjà prouvé sa fiabilité avec le retour rapide de l’essence.

Le goulot d’étranglement de la SIR

Cependant, ce transfert de flux ne se fait pas sans heurts. La Société Ivoirienne de Raffinage (SIR) se retrouve face à un défi technique : adapter ses capacités pour répondre à cette demande malienne soudaine et massive de gasoil. Contrairement à l’essence, le diesel nécessite une logistique de production et de stockage plus lourde, actuellement en phase d’ajustement à Abidjan.

📊 État des lieux : Dakar vs Abidjan

CaractéristiquesCorridor Sénégal (Dakar)Corridor Côte d’Ivoire (Abidjan)
SécuritéCritique (zones exposées)Élevée (escortes rodées)
État de la routeTrès dégradéMoyen à bon
LogistiqueHistorique mais saturéeEn phase d’adaptation (SIR)
FiabilitéAléatoireEn nette progression

Perspectives : Vers une sortie de tunnel ?

La résolution de cette pénurie dépend désormais d’une course contre la montre. L’accélération des capacités de livraison de la SIR et le maintien de la cadence des escortes militaires sur l’axe Sud sont les deux clés du retour à la normale.

Si la bataille de l’essence est gagnée, celle du gasoil reste le défi majeur du premier trimestre 2026. Une transition logistique nécessaire pour la souveraineté du pays, mais dont le coût social et économique pèse lourdement sur le quotidien des Maliens.

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