
Une page inédite de l’histoire judiciaire malienne a été écrite ce 4 juin avec le témoignage d’un ancien Premier ministre, Moussa Mara, devant une Cour d’assises spéciale. L’affaire porte sur des accusations de corruption, favoritisme et faux en écriture publique, notamment en lien avec l’acquisition de l’avion présidentiel et des contrats militaires.
Les révélations de Moussa Mara
Vêtu sobrement, Moussa Mara a prêté serment à 11h24 et a répondu posément aux questions sur les conditions opaques de l’achat de l’aéronef et des marchés militaires classés « secret-défense ». Son témoignage a été historique par sa nature :
- Il a affirmé n’avoir jamais été informé du projet d’achat de l’avion alors qu’il était ministre.
- Il n’a découvert l’existence de l’avion qu’avant sa livraison.
- L’achat a été conclu sans délibération en Conseil des ministres.
Les noms cités par l’ancien Premier ministre comme l’ayant informé après coup de ces marchés sont Mme Bouaré Fily Sissoko, Hachim Coumaré et feu Soumeylou Boubèye Maïga.
Mara a également insisté sur le fait que les marchés du 13 novembre 2013 (équipements militaires) et du 10 février 2014 (avion) n’étaient pas couverts par le décret « secret-défense » de 2014, concluant à leur irrégularité juridique.
Coûts, opacité et acteurs mystérieux
Le coût total de l’avion s’élève à 21 milliards de FCFA (18,5 milliards + 2,5 milliards de frais), et son immatriculation aux Îles Vierges britanniques soulève des interrogations. Le rôle de « Gaffajoli », décrit comme un homme à tout faire, représentant et intermédiaire, reste particulièrement flou, malgré des courriers adressés à de hauts responsables, que Mme Fily Sissoko nie avoir rencontrés.
L’audit du Vérificateur général, initié sous la pression du FMI en avril 2014 et avec la volonté de transparence de Mara, a révélé des irrégularités graves, confirmant que l’avance de 17 milliards de FCFA par la BDM sans procédure budgétaire ni visa du contrôle financier ne respectait pas les règles de la dépense publique.
Un procès à rebondissements
Un tournant majeur de l’audience a été la décision de la Cour d’accepter la demande de la défense de faire comparaître Oumar Tatam Ly et Madani Touré, des témoignages qui s’annoncent cruciaux pour la suite de l’affaire.
Moussa Mara a adopté une posture mesurée, coopérative et axée sur la vérité, loin de toute vengeance. Il s’est positionné comme un témoin responsable, dénonçant des dysfonctionnements profonds de l’État malien de l’époque. Mme Bouaré Fily Sissoko, quant à elle, est apparue en meilleure forme, prête à défendre sa position.
Le procès reprend ce 5 juin à 9h30. Cette affaire, surnommée le « #BoeingGate », représente un test crucial pour la justice malienne et sa capacité à lever le voile sur les affaires d’État entachées d’opacité. L’histoire judiciaire du Mali continue de s’écrire sous les yeux du public.
