BAMAKO – Le paysage politique malien franchit un nouveau seuil de tension. Ce mercredi 14 janvier 2026, l’Imam Mahmoud Dicko a officialisé le lancement de la Coalition des Forces pour la République (CFR). Depuis son exil, l’ancien allié des militaires se pose désormais en chef de file d’une opposition frontale contre le pouvoir de Bamako.

Un état-major politique délocalisé

Officiellement portée sur les fonts baptismaux le 5 décembre dernier, la CFR n’est pas qu’une simple organisation de plus. C’est une plateforme stratégique qui réunit des figures politiques en disgrâce et des acteurs de la société civile.

Pour porter sa voix à l’international, l’Imam de Badalabougou s’est entouré de l’économiste Étienne Fakaba Sissoko, lui-même exilé en France. À l’intérieur du pays, le mouvement cultive le secret : l’identité des cadres locaux reste confidentielle afin d’échapper aux vagues d’arrestations qui ont affaibli l’opposition en 2025.

Le programme de la rupture : Dialogue et élections

La CFR propose une feuille de route qui prend le contre-pied total de la stratégie actuelle des autorités de la Transition. Ses revendications s’articulent autour de trois axes hautement sensibles :

  1. La fin de la Transition : L’exigence immédiate d’un retour à l’ordre constitutionnel.
  2. Un dialogue sans tabou : La coalition prône une médiation nationale incluant les rebelles autonomistes (FLA), mais aussi les chefs jihadistes du JNIM, Iyad Ag Ghaly et Hamadoun Kouffa.
  3. Le rétablissement des libertés : La réouverture de l’espace médiatique et le droit de réunion, aujourd’hui sous stricte surveillance.

Un appel direct à la désobéissance

Le ton est monté d’un cran. Dans son dernier communiqué, la CFR ne se contente plus de critiquer ; elle appelle à une forme de résistance institutionnelle et populaire :

  • Aux citoyens : Un appel à la désobéissance civile.
  • Aux magistrats : Une incitation à refuser les injonctions politiques du pouvoir.
  • Aux forces armées : Une demande explicite de neutralité face aux crises politiques.

L’Imam Dicko : L’éternel faiseur de rois devenu opposant

C’est un véritable « troisième rebond » pour Mahmoud Dicko. Artisan de la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, puis soutien des colonels de Kati, il est aujourd’hui leur adversaire le plus virulent.

Alors que la prolongation de la Transition jusqu’en 2026-2027 crispe une partie de l’opinion publique, ce bras de fer entre Bamako et une opposition organisée depuis l’étranger pourrait redessiner les contours de la crise malienne. La question reste entière : quelle sera la capacité de mobilisation réelle d’un leader religieux exilé sur une base sociale confrontée à un contrôle sécuritaire sans précédent ?

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